Mots croisés : Mallarmé, Molinari et Sophie Lanctôt

6 juin au 25 août 2024

Commissaires : Gilles Daigneault et Monic Robillard

Le visuel et le textuel s’hybrident dans l’exposition Mots croisés : Mallarmé, Molinari et Sophie Lanctôt. Dans sa production récente, l’artiste Sophie Lanctôt ouvre l’espace pictural à la présence subtile de la textualité. Son questionnement autour de la représentation et du sujet lyrique est particulièrement nourri par la poétique de Stéphane Mallarmé, à laquelle elle consacre une série de tableaux présentée ici pour la première fois.

Mallarmé a également eu une importance déterminante pour Guido Molinari, qui était lui-même poète et dont les écrits sont demeurés peu connus du grand public. Le plasticien voyait en Mallarmé la figure fondatrice de l’abstraction. Il lui a consacré son dernier projet : une transposition graphique du poème visuel de Mallarmé « Un coup de dés jamais n’abolira le hasard » (1896), œuvre phare de la modernité. La suite de tableaux a fait l’objet d’une brève exposition sous le titre Équivalence en 2003, quelques mois avant le décès de Molinari, et elle a été reproduite dans un ouvrage  publié en 2004 aux éditions du passage.

Vingt ans plus tard, Sophie Lanctôt relance les dés en créant sa propre réponse picturale au grand poème de Mallarmé. Elle poursuit ainsi une conversation avec Molinari, qui avait favorisé ses débuts de carrière en l’invitant à exposer avec lui en 1994. Le pari de Sophie Lanctôt consiste à se soumettre à l’expérience directe du poème, afin que le tableau devienne une surface dynamique où les facettes de sens peuvent s’activer et jouer librement.

Avec une approche transhistorique, Mots croisés : Mallarmé, Molinari et Sophie Lanctôt se place à l’intersection des mots et des images. Autour du travail inspiré et vibrant de l’artiste Sophie Lanctôt, l’exposition révèle des angles peu visités de l’œuvre de Molinari et fait résonner la voix mallarméenne dans son actualité. Un volet événementiel prolongera ce dialogue entre peinture et poésie.

– Gilles Daigneault et Monic Robillard

Biographie de l’artiste

Sophie Lanctôt vit et travaille à Tiohtià:ke – Montréal. Elle a étudié à l’Université Concordia, où elle a obtenu une maîtrise en peinture. Elle a présenté de nombreuses expositions à Montréal, ainsi qu’à Toronto et en Espagne.

Plusieurs fois boursière du Conseil des arts du Canada et du Conseil des arts et des lettres du Québec, elle a réalisé des projets dans le cadre de la Politique d’intégration des arts à l’architecture. Ses œuvres font partie de collections publiques ­­ — dont celles de la Banque d’œuvres d’art du Conseil des arts du Canada, de la collection Prêt d’œuvres d’art du Musée national des beaux-arts du Québec, de la Ville de Montréal, du Musée d’art de Rouyn-Noranda — et de plusieurs collections privées.

Le travail de Sophie Lanctôt s’intéresse à la mémoire et la transmission, à l’expression de la fragilité et de la survivance. Sa pratique des dernières années s’exprime par la peinture, le dessin, le collage. Dans son exposition Retracer l’invisible : Archives de l’image peinte (Maison de la culture du Plateau-Mont-Royal, 2018), l’artiste se réapproprie des fragments de l’histoire de l’art pour les mettre en résonance avec des problématiques contemporaines. En 2019, elle participe au Symposium international de Baie-Saint-Paul — Le temps et les choses, sous la direction artistique de Sylvie Lacerte — avec Variations Marguerite, un projet composé à partir d’archives familiales. Des extraits de lettres manuscrites et des dessins s’entrecroisent dans cette proposition qui propose un jeu avec la narrativité. Sa dernière exposition solo Pins, silhouettes met l’accent sur l’installation et la série, autour du motif de l’arbre qui convoque la mémoire d’un lieu d’enfance entre disparition et rémanence.

Dans son travail actuel, des fragments citationnels sont repérés et recontextualisés, ouvrant ainsi l’espace de lecture.  À travers un intérêt particulier pour l’archive et les mots, l’approche picturale de Sophie Lanctôt se caractérise par un double processus d’effacement et de résistance du sujet, dans une tension entre forme et silence.

Image : Sophie Lanctôt, Les Roses (détail), 2021 Photo : Daniel Roussel et Guido Molinari, Rosevi (détail), 1995.