Marc Garneau, 1982-1984. Du silence des yeux – Du 25 septembre 2014 au 25 janvier 2015

Marc Garneau, 1984, Simon de Montfort,

Marc Garneau, 1984, Simon de Montfort,
émail sur papier, 141 x 138,5 cm – Photographie Guy L’Heureux

Entre 1982 et 1984, Marc Garneau complète sa scolarité de maîtrise (Fine Arts) à l’Université Concordia, considérée comme offrant l’un des meilleurs programmes du genre au Canada. Parmi ses professeurs on retrouve John Fox, Yves Gaucher, Russell T. Gordon, Johanne Lamoureux, Guido Molinari et Leopold Plotek. Ses études sont enrichies par un deuxième voyage en Europe, un long séjour dans le sud de la France et en Italie (été 1983), où son vocabulaire plastique se précise. L’histoire et les terres rocailleuses du pays cathare, les monuments antiques étudiés dans la lumière de la Méditerranée et la fréquentation des musées offrent de nouveaux sujets d’études. Garneau réalise au cours de cette période trois expositions solos : galeries Motivation V (1982), Bourget (1983) et Skol (1984).

« Les transparences de l’être, de l’instant et des pigments ne font plus qu’un. C’est pourquoi le regard devient le véritable sujet. » C’est avec cette phrase que Marc Garneau termine le mot d’introduction de l’exposition de la galerie Bourget. Puis, il intitule sa présentation à la galerie Skol : Du silence des yeux.

Au début de sa vie professionnelle, le jeune peintre (Garneau est né en 1956) place déjà l’objet du regard au centre des ses intérêts. Que voit-on, ou encore comment voir, interroge l’artiste. Alors que la première remarque situe la vision au croisement de l’individualité, de la temporalité et de la matérialité ; la seconde suggère une attitude méditative face à la peinture qui se dévoile dans cet état d’attention. Le principe de la transparence pose l’idée de la peinture comme exploration et introspection, attitudes qui expriment la clarté et la limpidité recherchée à travers le geste
et l’expérience de peindre.

Les œuvres retenues pour cette présentation puisent dans le corpus de ces années fertiles auquel sont joints des carnets de dessins. Elles proposent à leur manière une matérialisation et une interprétation des réflexions de Garneau sur l’art. Toutes mettent en valeur l’importance de laisser chaque étape du travail bien visible, de dire les superpositions des strates, l’accumulation des différents dépôts d’initiatives et d’accidents qui composeront l’œuvre. Le regard comme assemblage instinctif.

Marc Garneau, 1984, Un rêve, acrylique et crayon conté sur papier, 105x 75,5 cm - Photographie Guy L'Heureux

Marc Garneau, 1984, Un rêve, acrylique et crayon conté sur papier, 105x 75,5 cm – Photographie Guy L’Heureux

Un geste dessiné transcrit librement l’observation ou la sensation première. L’essentiel d’un motif, le déplacement révélateur d’une ombre, le détail significatif d’une œuvre, la réaction spontanée face au support même. Tout incite à inscrire un mouvement qui construit des formes surgies du croisement de la ligne qui court sur la surface. Le regard comme inscription d’un agencement autonome.

Ce tracé propose à son tour la structure de l’œuvre en devenir alors qu’intervient le crayon ou le pinceau qui sélectionne, définit, confirme des formes qui se combinent, se joignent, se pénètrent pour suggérer des plans, des textures, des perspectives, des masses, des lumières, des épaisseurs. L’œil s’enfonce dans les méandres de la couleur et du dessin. Le regard comme rassemblement de phénomènes et d’interventions superposés.

Dans cet agencement né librement il s’inscrit un équilibre mobile dans la manière de faire surgir des centres, de souligner des rapports entre des éléments, de créer des échos par le biais de la couleur traitée en lavis, d’aviver la surface d’un rythme de pleins et de repos. Le regard comme plaisir renouvelé d’une circulation ouverte.

Les dessins et tableaux réunis : le grave Minerve (1983), l’effervescent Paradis (1984) ou l’énigmatique In Memoriam (1984), par exemple, démontrent comment chaque œuvre propose une expérience singulière. Ce parcours de deux années de prospection marque l’évolution de ce regard actif qui profite de chaque occasion pour exprimer le bonheur inquiet et l’urgence de se retrouver en relation avec les révélations du motif ou dans l’atmosphère de l’atelier.

Garneau nous invite à le suivre dans les méandres de sa pensée picturale et de refaire ce parcours qui découvre en même temps l’origine et le résultat, l’élaboration et les effets, toutes étapes qui exigent impulsion et rigueur, attention et générosité. Nous sommes dans le regardé de la peinture, qui implique sa tactilité et ses hésitations, son déplacement et ses choix, ses sensations et son intelligence.

Qu’est-ce que peindre, si ce n’est découvrir le regard à l’œuvre.

— Laurier Lacroix

 

 


  Notice biographique

Originaire de Thetford-Mines, le peintre, dessinateur et graveur Marc Garneau a complété ses études en arts plastiques à l’Université Concordia. En 1997, il remportait le Grand Prix de la Biennale du dessin, de l’estampe et du papier‑matière du Québec. Au cours des 30 dernières années, Garneau a réalisé plus de 50 expositions individuelles au Québec, en Allemagne, en Autriche et en France, sans compter les multiples expositions de groupe auxquelles il a été invité à participer ici et à l’étranger. Ses œuvres se retrouvent dans les principales collections muséales du Québec et dans plusieurs collections publiques, d’entreprises et privées au Québec, au Canada et en Europe. Le centre d’exposition 1700 La Poste prépare une rétrospective de son œuvre pour l’automne 2015. Marc Garneau est représenté par les galeries Graff (Montréal) et Lacerte art contemporain (Québec).